À l’aube de la date limite des négociations du Brexit, l’avenir semble plus incertain que jamais

Le dîner le 9 décembre entre le Premier ministre Britannique et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a fini sans conclusion, a vu un coup très dur se produire dans le plan du Brexit de Boris Johnson. Avec moins de 72 heures de négociation sur l’horloge, et après plus de quatre ans depuis le vote initial, l’avenir des relations entre le Royaume Uni et l'Union européenne semble plus incertain que jamais.

L’Association des Jeunes Internationalistes publie un article rédigé par Eleanor Hepburn, étudiante du Master en Relations Internationales à l’Université Paris II Panthéon-Assas & Sorbonne Université. 

Le dîner le 9 décembre entre le Premier ministre Britannique et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a fini sans conclusion, a vu un coup très dur se produire dans le plan du Brexit de Boris Johnson. Avec moins de 72 heures de négociation sur l’horloge, et après plus de quatre ans depuis le vote initial, l’avenir des relations entre le Royaume Uni et l’Union européenne semble plus incertain que jamais.

En analysant la situation du mois dernier en trois thèmes généraux : les divisions internes, la « special relationship » en crise avec l’élection de Joe Biden et finalement, les implications politiques au sein des négociations à Bruxelles, nous devrons donc poser la question : Quelles sont les conséquences de ces phénomènes sur la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne ? 

Les problèmes internes qui bloquent les résolutions – le gouvernement Britannique dans le chaos et une date limite qui pousse à accélérer les négociations

Le départ vendredi 13 novembre du conseiller gouvernemental le plus important de Boris Johnson, Dominic Cummings a eu l’effet d’une bombe dans le 10 Downing Street. Cummings, orateur de la campagne du Vote Leave et d’un Brexit « dur » a quitté le gouvernement après les affrontements internes, notamment en lien avec l’influence exercée par la fiancée de Johnson. Cummings, qui travaille dans le gouvernement depuis quelques années, a joué un rôle central dans l’orchestration d’un plan pour le Brexit malgré le fait qu’il n’est pas démocratiquement élu. Sa politique sur le Brexit a empêché le Royaume Uni de poursuivre des discussions productives avec ses interlocuteurs européens car il promouvait même un Brexit sans accord. En Europe continentale, le chaos dans le gouvernement a été reconnu, de même pour les difficultés des ministres européens au sein des négociations. Un membre du parlement européen allemand a évoqué que la situation « chaotique » à Londres ne peut pas empêcher les discussions au dernier moment, et qu’il est temps pour Boris Johnson de prendre l’initiative et la responsabilité pour trouver un compromis qui convienne aux deux côtés. Le ministre français pour les affaires européennes, Clément Beaune, a souligné que suite aux mauvais avancements dans les discussions entre les deux côtés, les divisions internes ne peuvent pas empêcher la poursuite de négociations productives. Donc nous pouvons observer le refus des homologues européens de laisser le chaos interne perturber les discussions. 

Il est donc rassurant qu’au Royaume Uni, ce départ ne soit pas considéré comme une menace pour les discussions dans les semaines à venir. Cummings, dans les derniers mois n’a pas joué un rôle très important dans les discussions du Brexit, mais s’est plutôt concentré sur la crise sanitaire et la réforme de la fonction publique. Le gouvernement a rassuré sur le fait que rien ne va changer par rapport à la position britannique dans les négociations.

En outre, les grandes divergences entre la Chambre des Lords et la Chambre des Communes sur les questions essentielles de la frontière entre les deux Irlandes restent très tendues. Il y a quelques semaines, la Chambre des Lords a voté contre une proposition de Boris Johnson pour ne pas respecter le droit international au sein des négociations du Brexit, proposition qui concerne les frontières entre la République d’Irlande et L’Irlande du Nord. Il a donc répondu que la Chambre des Communes va casser ce vote, prolongeant encore les incertitudes. En outre, le chaos interne empêche Downing Street de suivre des objectifs clairs dans les dernières semaines de négociations. La Chambre des Lords a amendé le document pour enlever les clauses qui enfreindraient le droit international concernant la question nord-irlandaise. Cependant, la Chambre des Communes, en rejetant ces amendements, a tourné le projet de loi vers les Lords pour le deuxième tour, et qui laisse aux Lords l’option d’accepter la loi ou de la reporter d’un an au maximum.

La question se pose maintenant au gouvernement, qui a évoqué qu’il pourrait supprimer les causes pour laisser le Royaume-Uni réécrire unilatéralement des parties de l’accord de départ. 

L’élection de Biden :  la « special relationship » en crise ? 

De l’autre côté de l’Atlantique, les changements dans le gouvernement américain vont pareillement avoir un fort impact sur les relations en Europe. Après quatre ans de chaos dans les relations transatlantiques sous la présidence de Donald Trump, nous avons observé ces dernières semaines l’élection de Joe Biden à la Maison Blanche. Mais est-ce que l’élection de Biden aidera la situation du Brexit ? Il y a plusieurs points de friction qui peuvent empêcher le retour d’une special relationship historique entre les deux côtés de l’atlantique du fait du Brexit. 

Il est certain que Biden aura une approche moins destructrice sur la scène internationale que son prédécesseur Trump. Dans son discours à la conférence de Munich en 2019, il a évoqué que “nous reviendrons” vers ses partenaires transatlantiques, mais il n’est pas clair pour l’instant comment la « special relationship » va tenir entre Biden et Johnson. À l’échelle personnelle, les deux chefs d’État n’ont pas de relations très proches non plus. À Washington, Johnson n’est pas bien perçu par les démocrates, qui le considèrent comme un mini-Trump. De plus, Johnson a fait des remarques sur Barack Obama qui peuvent suggérer que le Premier Ministre Britannique ne soit pas très apprécié par le Président-Élu.

Du côté Britannique, le départ du Royaume Uni de l’Union Européenne offre l’opportunité de se rapprocher des États-Unis pour le commerce et de relancer les liens historiques. Par contre, il y a plus de pression pour obtenir un deal sous Biden : il s’agit de leur partenaire le plus proche dans l’Union Européenne donc quand le Royaume-Uni sortira, il est évident que les États-Unis chercheront un accord qui ne va pas empêcher leur position en Europe continentale non plus. Trump, qui a apporté un soutien bruyant au Brexit a été aligné avec Johnson et son approche du Brexit dur. Mais nous pourrons voir qu’avec Biden, cette approche britannique moins coopérative est un grand souci pour la politique étrangère américaine. 

Pour Biden, la première chose est que le Royaume Uni conserve les propositions qui ont été faites sur le projet de loi sur le marché intérieur. Joe Biden a été très clair sur sa position par rapport au Good Friday Agreement que Boris Johnson a menacé de ne pas respecter avec son projet de loi de l’Internal Market Bill. Biden, qui a des origines irlandaises, n’acceptera pas la proposition de Johnson d’enfreindre le droit international. Biden était très critique du Brexit, et il considère que le Brexit est une décision très dangereuse et isolationniste de la part des Britanniques. Des suggestions produites par l’Institute for Government soulignent qu’il est fortement possible que le protocole pour l’Irlande du Nord ne soit pas prêt pour le 1er janvier 2021. Dans ce cas-là, Johnson doit être prudent de ne surtout pas encourager Biden à un rapprochement avec ses alliés Européens au détriment du Royaume Uni. Si Johnson poursuit les motions pour changer l’Internal Market Bill, il risque de perdre ses alliés européens et américains en même temps. 

Les relations avec l’Union Européenne – les discussions en rupture et la réputation du Royaume-Uni en jeu ?

De plus, les discussions entre le Royaume Uni et l’Union Européenne risquent de finir sans accord, si le gouvernement britannique continue à bluffer et à ne pas être ouvert à un compromis. Les rapports récents ont suggéré que les décisions finales ne vont pas être prises jusqu’au 28 décembre, 3 jours avant la sortie. Par suite, ils ne donnent pas une grande marge de manœuvre dans la négociation. 

Un point majeur de désaccord se porte sur les droits de pêche, depuis l’été les négociations entre les deux parties se poursuivent sans aucun espoir de conclusion. Pour l’instant le ministère du Brexit britannique Lord Frost reste très obstiné sur sa position, en avançant que la chose primordiale reste la souveraineté britannique. Par contre, cela met en danger le calendrier des négociations. Il est prévu que le Parlement Européen vote sur l’accord le 16 décembre. Dans un bulletin de Michel Barnier, le chef négociateur de l’Union Européenne, il a évoqué qu’il n’y aura pas un accord sans une approche « équilibrée et durable » mais pour l’instant, Londres n’a pas essayé de faire un compromis. Son discours a souligné clairement le mécontentement concernant la rigidité des britanniques au sein des négociations. 

La proposition de la violation du droit international n’est également pas une bonne démarche pour le Royaume Uni au niveau stratégique. En prenant cette approche, les relations extérieures du Royaume Uni peuvent être mises en danger, car ses partenaires vont voir le Royaume Uni comme infidèle sur les accords. En outre, le retrait potentiel de la collaboration européenne sur Horizon Europe pour l’éducation et la science reste un autre coup pour la coopération, également au niveau du programme Erasmus. Des pénuries de certains produits agroalimentaires sont également prévues en cas d’une sortie sans accord. Le premier changement très visible sera la frontière physique entre la république Irlande, membre de l’Union Européenne et l’Irlande du Nord, partie des quatre nations constitutives, un fort symbole de rupture avec l’Union Européenne.  

Les discussions iront jusqu’au dimanche pour “un point de finalité” selon le ministère des Affaires étrangères Britannique Dominic Raab. Donc, que pouvons nous prédire pour les jours à venir ? Il est fortement possible que le Royaume Uni sorte de l’Union Européenne le 31 décembre 2020 sans un accord entre le bloc et l’île. Les divisions internes ont empêché un dialogue productif dans les mois les plus cruciaux. Le think tank – UK in a Changing Europe, a indiqué que l’impact de la Covid-19 peut amplifier l’impact d’un « no deal ». Dans le contexte actuel de la crise sanitaire, cette décision risque d’être assez destructive pour la coopération européenne. Pour le Royaume Uni, avec les négociations avant le 28 décembre à un stade de make or break, il y a plusieurs choix. Le pays peut garder sa position obstinée et risquer ainsi de ne plus avoir accès au marché commun et d’entretenir des relations très tendues avec Bruxelles pour la suite, un choix très risqué dans le climat actuel. L’autre option est de faire de légers compromis sur la souveraineté britannique, et d’accepter quelques conditions de l’Union Européenne avant la date limite. Cette option risque d’être un choix politiquement honteux pour Boris Johnson, mais il s’agira au moins d’un niveau de relations diplomatiques sur lequel il peut s’appuyer pour une nouvelle relation à l’avenir. 


Références Bibliographiques : 

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