Voyage d’étude#1 : Vienne, une capitale internationale

Grâce à l’aide des professeurs Jean-Vincent Holeindre et Julian Fernandez, et du financement du Centre Thucydide rattaché à l’université Paris II Panthéon-Assas, l’association des Jeunes Internationalistes a pu organiser son troisième voyage d’étude. Après La Haye (janvier 2017) et Rome (avril 2017), les participants ont eu l’opportunité de découvrir Vienne en janvier 2018. 


Résumé général du voyage d’étude

Vue extérieure du CIV – ©association des Jeunes Internationalistes

Pendant quelques jours, les membres de l’association et étudiants du Master Relations Internationales ont affronté les rudes journées de l’hiver viennois.

Dans la culture populaire, Vienne ne fait pas partie des grandes capitales internationales à l’image de New York, Bruxelles ou encore Genève. Pourtant, la capitale autrichienne s’avère être une ville d’envergure internationale, siège de nombreuses institutions à portée mondiale, dont la plus emblématique d’entre elles, l’Organisation des Nations unies (ONU).

À ce titre, ce voyage d’étude a permis aux participants de découvrir une grande institution et deux hauts-lieux des relations internationales en Europe : l’Académie diplomatique de Vienne aussi connue sous le nom d’École des Hautes Études Internationales et, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Centre International de Vienne (CIV), l’un des quatre sièges de l’ONU.

En tant que grand centre culturel européen, Vienne nous a également offert l’opportunité d’organiser de nombreuses visites et de partir à la découverte de la culture autrichienne.


Résumé des visites d’étude

 

L’Académie diplomatique de Vienne

(source : www.da-vienna.ac.at)

Jeudi 18 janvier au matin, nous avons eu le plaisir d’être reçu dans les locaux de l’École des Hautes Études Internationales de Vienne par Mme Susanne KEPPLER-SCHLESINGER, Directrice adjointe, et par Mme Genny CHIARANDON, Directrice de la scolarité.

Fondée en 1754 par l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, l’Académie a d’abord eu vocation à former des diplomates afin d’établir des liens avec l’Empire ottoman, l’Empire perse et les Balkans. Fermée pendant la Seconde guerre mondiale, l’Académie renaît en 1964 en tant que département du Ministère fédéral des Affaires étrangères à l’initiative de Bruno Kreisky, ministre des Affaires étrangères de 1959 à 1966. Si en 1996, l’Académie devient un Établissement autonome de droit public autrichien, il continue d’entretenir de liens étroits avec le Ministère qui l’a vu renaître.

L’Académie accueille 185 étudiants, dont 5 en doctorat, provenant de plus de 40 pays. 40 % des étudiants sont autrichiens. A l’issue de leur cursus au sein de l’Académie, 20 % des étudiants intègrent les métiers de la diplomatie, 40 % se consacrent aux entreprises privées. L’Académie offre quatre formations initiales et des programmes de formation continue, notamment à destination des fonctionnaires autrichiens en préparation de la présidence autrichienne du Conseil européen.

Ainsi, l’Académie propose deux masters : un master d’études internationales avancées, un master en sciences des technologies de l’environnement et affaires internationales en partenariat avec l’Université de technologie de Vienne, un Diplôme d’un an et enfin, en partenariat avec l’Université de Vienne un programme doctoral en quatre ans. Ces quatre formations reposent sur un pilier central : l’interdisciplinarité. Tous les étudiants doivent suivre, en fonction de leur niveau et de leur parcours initial, du droit international, de la science politique, de l’histoire et de l’économie. Les enseignements sont assurés à la fois par des universitaires et des professionnels. Les étudiants sont tenus de parler au moins deux des langues du campus : le français, l’anglais ou l’allemand, et d’apprendre celle qui leur ferait défaut. L’Académie propose aux étudiants qui le souhaitent la possibilité d’apprendre d’autres langues en partenariat avec l’Université de Vienne. Enfin, les formations sont tournées en priorité vers l’Est de l’Europe et le Moyen-Orient. Des voyages d’études sont systématiquement organisés par exemple au Kurdistan irakien ou au Kazakhstan.

Enfin, l’Académie accueille environ 200 conférences par an qui sont soit organisées par les étudiants soit par des organismes extérieurs à l’Académie. Après cette présentation exhaustive de l’Académie offerte par Mmes Keppler-Schlesinger et Chiarandon, nous avons pu visiter l’Académie et apprécier le cadre d’apprentissage offert aux étudiants. Il s’agit d’un campus à taille humaine, au cœur de la ville qui met l’accent sur le travail en groupe, comme le montre le caractère central du foyer géré par les étudiants qui sont encouragés à s’investir dans diverses associations. Les étudiants organisent notamment tous les ans, dans la tradition viennoise, un bal.

Les étudiants du Master RI reçus par Mmes Keppler-Schlesinger et Chiarandon à l’Académie diplomatique de Vienne – ©association des Jeunes Internationalistes


L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) : rencontre avec la délégation permanente de la France

Le vendredi après-midi après un court passage à l’ambassade de France en Autriche, nous avons rejoint le siège de la délégation permanente de la France auprès de l’OSCE.

L’ambassade de France à Vienne – ©association des Jeunes Internationalistes

Siège de la représentation permanente de la France auprès de l’OSCE – ©association des Jeunes Internationalistes

La rencontre avec les membres de la délégation française s’est déroulée dans une de leur salle de réunion.

Grâce à cette rencontre organisée et présidée par M. Alexandre Vulic, représentant permanent adjoint de la France auprès de l’OSCE, les étudiants du Master ont pu en apprendre davantage sur l’OSCE et le travail d’une délégation nationale auprès d’une organisation internationale. Cette institution, peu connue du grand public, repose sur trois piliers que chaque membre spécialiste de la délégation française a pu nous exposer.

Le premier est celui des Droits de l’Homme et de la démocratie, le rôle de l’OSCE étant de défendre autant que faire se peut l’acquis dans ces deux domaines ayant un grand impact en matière de paix et sécurité. Plusieurs organismes de l’OSCE ont ainsi été créés en ce sens :

  • le Haut Commissariat pour les minorités nationales, qui siège à La Haye,

  • le Bureau des institutions démocratiques et des Droits de l’Homme à Varsovie,

  • le poste de Représentant pour la liberté des médias, occupé par Harlem Désir, qui traite notamment de la problématique des fake news.

  • Globalement, l’OSCE constate un recul des droits de l’homme, en Turquie, en Russie, mais également au sein de l’Union européenne. Cependant, son rôle en matière de droits de l’homme est secondaire par rapport à l’ONU, et la question est réglée par des traités au niveau régional (notamment en Europe). L’OSCE étant une organisation fonctionnant par consensus, elle fait face à des blocages récurrents et doit donc avancer par petits pas.

Le deuxième pilier, et sans doute le plus important, est celui regroupant les questions de sécurité et de défense.

Le travail de l’OSCE sur la dimension politico-militaire n’implique pas de forces armées : il s’agit essentiellement d’un travail de surveillance et de vérification des obligations découlant des traités qui incombent aux États-parties. Ainsi, la conformité des États aux mesures de sécurité imposées par le Document de Vienne – auquel tous les membres de l’OSCE ne sont pas partie – est régulièrement évaluée. Des mesures de confiance permettent, sur la base du volontariat, de maintenir une ouverture et une certaine transparence entre les armées des différents pays dans un objectif de désarmement – la France œuvrant par ailleurs pour une diminution des seuils de notification en ce qui concerne les exercices militaires. Le Traité Ciel ouvert, essentiel pour renforcer la compréhension et la confiance mutuelle des participants, permet le survol sur la totalité du territoire des États-parties : il est néanmoins politiquement sous contrainte en raison des tensions opposant les États-Unis à la Russie.

Au niveau de la sécurité intérieure, les priorités de l’OSCE gravitent autour de trois axes : le terrorisme, la cybersécurité et les migrations. Une direction a d’ailleurs été créé en 2012 pour traiter de ces questions.
L’OSCE produit des travaux et se rend sur le terrain (Asie centrale, Balkans…) pour effectuer des missions en coopération avec les États et les acteurs locaux.

En matière de terrorisme, l’OSCE cherche à responsabiliser les États en les incitant à contrôler les départs et arrivées des combattants et à lutter contre les menaces terroristes sur internet. Cependant, l’organisation ne produit pas de droit, les mesures n’étant engageantes qu’au niveau politique.
Concernant la cybersécurité – à ne pas confondre avec la cybercriminalité qui ne porte pas forcément atteinte à la sécurité des États – on continue, en France, à travailler au niveau bilatéral. L’objectif serait d’entraîner les autres pays à faire de même en échangeant des informations pertinentes sur des éventuelles cyber-attaques.

Enfin, en matière de migration, les enjeux de sécurité sont sérieux et concernent non seulement les pays de l’UE, mais aussi ceux d’Asie centrale ainsi que la Russie et l’Ukraine auxquels il faut ajouter les 2,5 millions de déplacés internes. Le risque majeur couru par les migrants, en particulier les mineurs, est l’exploitation sexuelle : l’OSCE cherche donc à ce que des mesures soient prises pour tracer les réseaux et juger les coupables. Ainsi, une base de données sur les criminels et leurs victimes, auparavant alimentée par une dizaine de pays, a fait l’objet d’une généralisation grâce aux mesures prises par l’OSCE. L’organisation a également mis en œuvre une politique de sensibilisation sur les mariages forcés dans deux communes du Monténégro, appuyée par le travail de médiatisation des ONG.

Enfin, le dernier pilier de l’OSCE est l’environnement, mais peu d’avancées sont faites dans ce domaine en raison des blocages récurrents qui empêchent l’adoption de toute mesure concrète. De plus, la politique de Donald Trump en matière environnementale, notamment sa décision de se retirer des Accords de Paris, ne semble pas crédibiliser l’idée d’une coopération accrue sur ces questions.

Au final, l’OSCE n’a qu’une efficacité relative et doit souvent attendre le moment opportun pour réussir à obtenir un engagement consensuel des États. Les dissensions en son sein, tout comme les tentatives émanant de la délégation russe de décrédibiliser les pays-membres de l’UE pendant les discussions, sont contre productives et empêchent l’adoption de mesures plus concrètes. L’OSCE doit donc, en l’absence de consensus, se concentrer sur ce qu’elle sait faire en continuant à prouver qu’elle existe notamment dans son rôle de surveillance, et en assurant une présence physique auprès des populations civiles lors de ses missions (afin d’éviter que la technologie n’évince et remplace la présence humaine sur le terrain).

Cette présentation très instructive a ensuite fait l’objet d’un échange entre les étudiants du Master les différents membres de la délégation. Ces derniers sont revenus sur différents points notamment sur le rôle que peut avoir la France dans une telle organisation, des exemples concrets de missions de terrain de l’OSCE ou encore l’expérience personnelle des intervenants dans le cadre de leur fonction.

Tweet de Mme Véronique Roger-Lacan, ambassadrice de France auprès de l’OSCE


Le Centre International de Vienne

Vue extérieure du CIV – ©association des Jeunes Internationalistes

Salle de conférence du CIV – ©association des Jeunes Internationalistes

Dans la matinée, nous avons également visité le CIV. Ouvert en 1980, le CIV est l’un des quatre sièges de l’Organisation des Nations unies (avec New York, Nairobi et Genève). Il abrite de nombreuses organisations internationales telles que l’AIEA qui occupe 2 des quatre bâtiments, le CTBTO ou encore l’ONUDC. Y sont également représentés l’HCR ou le CNUDCI.

Conçu dans les années 70, ce centre international a été rentabilisé dès sa première année d’existence par l’Autriche qui a pris en charge les frais de construction puisque près de 5000 fonctionnaires originaires d’une centaines de pays y travaillent.

Néanmoins, comment expliquer la présence d’un deuxième siège de l’ONU en Europe occidentale? La présence d’un tel centre en Autriche s’explique de par le financement assumé par le gouvernement et le peuple autrichiens ainsi que la ville de Vienne mais également par le poids international du chancelier de l’époque Bruno Kreisky qui est à l’origine de cette idée et négocia directement avec l’ONU. De plus, dans un contexte international marqué par la Guerre froide et la bipolarisation du système mondial autour de deux blocs rivaux, le choix d’établir l’ONU aux frontières de l’Europe de l’Ouest et de l’Est est d’autant plus significatif.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que l’Autriche a signé avec l’ONU un bail de location d’une durée de cent ans renouvelable indéfiniment. Ce bail prévoit un loyer annuel symbolique de 7 centimes d’euro permettant à l’Autriche, selon la loi immobilière autrichienne en vigueur, de garder la propriété du centre. Néanmoins, ce principe ne remet nullement en cause le principe d’extraterritorialité du centre international qui s’avère être « une ville dans la ville », disposant de toutes les commodités nécessaires en son sein.

Le CIV propose aux visiteurs de types de visite guidée : la première offre un tour général du centre et de ses institutions, la seconde s’avère être une visite guidée des différentes oeuvres d’art, offertes par les États, qui ornent les différents bâtiments (voir photo ci-dessous).

Statue offerte par l’Iran – source : unov.org

La Rotonde du CIV- source : unov.org

La visite s’est principalement déroulée dans les locaux de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique (AIEA) ainsi que dans ceux du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR). Après avoir pu contempler les 190 drapeaux des membres flottants dans la Rotonde, nous avons visité le premier bâtiment de l’AIEA, ce qui nous a permis de revenir sur l’histoire de cet organe onusien (notamment l’impact du traumatisme conséquent aux bombardements de Hiroshima et Nagasaki en 1945), ses buts, ses oeuvres et les enjeux qu’elle recouvre toujours à l’heure actuelle. La visite s’est poursuivie dans les locaux de l’HCR où nous avons pu voir les conditions d’accueil offertes par l’ONU aux réfugiés et déplacés. Une discussion a également eu lieu entre le personnel du CIV et les participants du voyage sur les buts des Nations unies. Enfin, le tour s’est terminé par la visite d’une partie des locaux du Bureau des affaires spatiales des Nations unies, chargé de favoriser la coopération internationale aux fins des utilisations pacifiques de l’espace. Il y figurait une exposition où figuraient quelques éléments de l’exploration spatiale et les buts de cet organe de l’ONU. Nous avons vu pu constater le rôle désormais déterminant de la Chine dans cet organe et l’exploration spatiale.

Cette visite générale du CIV nous a donc permis de bien saisir la réalité du travail des organisations internationales présentes, du poids majeur des États dans le cadre de ces centres du multilatéralisme mais également tous les enjeux auxquels fait face l’ONU depuis 1945.

Ainsi, il nous est apparu l’impérieuse nécessité d’une telle organisation universelle, véritable structure de l’ordre international depuis sa création il y a plus de 70 ans.


L’association réitère ses remerciements auprès de l’ensemble des intervenants et participants, au Centre Thucydide et ses professeurs ainsi qu’à l’université Paris II Panthéon-Assas dont le concours fut indispensable à la réussite de ce voyage d’étude.

 

Compte rendu réalisé par Alexandre Vincent, président de l’association,

grâce aux contributions de Clémence Chevalier (pour l’OSCE) et Christophe Richer (pour l’Académie diplomatique)

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