Enjeux et nouveaux défis de la francophonie.

 

Alors que la francophonie est un atout essentiel de soft power pour la France et qu’elle ne manque pas d’arguments – on compte environ 275 millions de locuteurs parlant le français, faisant de cette langue la cinquième la plus parlée au monde -, elle fait face depuis plusieurs années à d’intenses questionnements, notamment quant à son avenir. Employée de façon générale pour désigner l’ensemble des personnes qui utilisent le français et qui sont supposées être francophiles, elle est défendue depuis 1970 par l’Organisation internationale de la Francophonie. Cette organisation internationale est fondée sur le partage non seulement de la langue française, mais aussi de valeurs communes et compte aujourd’hui cinquante-six États membres. Depuis sa création, cette institution tente de promouvoir la démocratie et sert parfois de relai important pour les Nations Unies dans le cadre de la réalisation de certains objectifs de paix et de développement. Elle a instauré un véritable cadre de défense de la francophonie mais reste pourtant sujet à de vives critiques. La plus marquante a peut-être été celle relative au Qatar, pays possédant une stratégie de développement forte dans l’espace francophone et qui est devenu membre associé de l’Organisation en 2012. Le Qatar n’est pas un pays francophone et ne peut être considéré comme défenseur des valeurs promues par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

De nombreux reculs sont à noter pour notre langue, y compris dans des pays pourtant considérés comme piliers de la francophonie. C’est le cas au Moyen-Orient et particulièrement au Liban. Si on sait que nos positions sont toujours fortes, la culture francophone s’efface petit à petit, le plus souvent au profit de l’anglais. On constate le même phénomène en Égypte. De même, le français est en perte de vitesse sur la scène internationale. Les diplomates et experts travaillent désormais presque exclusivement en anglais, langue utilisée dans la majorité des organisations internationales et au cours des échanges commerciaux. Derrière les chiffres, se cache donc une réalité sociologique, plutôt en notre défaveur.

Il semble aujourd’hui inévitable de porter un regard nouveau sur ce sujet important de la politique étrangère française, de le repenser. En effet, si elle continue, dans une certaine mesure, à faire rayonner la France, la francophonie ne peut plus se résumer à cela et doit être un véritable outil d’influence de la diplomatie française.

Tout ceci fait donc état de nombreux défis à relever, à commencer par la définition d’une ligne politique claire en matière de défense de la francophonie. C’est l’une des nombreuses missions qui attend Louise Mushikiwabo, nouvellement élue au poste de Présidente de l’Organisation internationale de la Francophonie. Ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda et proche de Paul Kagamé, cette dernière aura fort à faire pour susciter le consensus. De nombreuses critiques ont été émises sur ce choix depuis octobre dernier, malgré le soutien qu’elle a reçu d’Emmanuel Macron. En effet, beaucoup ont par exemple noté que le Rwanda a récemment rendu obligatoire l’enseignement de l’anglais à la place du français à l’école. Reste donc à voir si Louise Mushikiwabo saura assumer les tâches confiées à l’Organisation et promouvoir la francophonie tout en s’adaptant aux nouvelles réalités.

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Défendre la francophonie par l’enseignement.

L’enseignement français à l’étranger est très important. On compte 496 établissements scolaires dans 137 pays différents. 335 000 élèves y sont inscrits et environ 60% d’entre eux sont des étrangers. Notre pays est donc doté d’un excellent réseau en la matière. Cependant, là encore, les chiffres cachent une réalité toute autre. Afin que la francophonie ne devienne pas contre-productive, il apparaît judicieux de s’intéresser aux méthodes d’apprentissage du français, dans ces établissements mais aussi de manière beaucoup plus large. Celles-ci méritent d’être fondamentalement repensées et adaptées aux apprenants. Il s’agirait de prendre en compte les particularismes de chacun, notamment leur âge, leur origine et l’utilité qu’ils auront de la langue pour mieux penser l’enseignement et pour toucher un plus large public. Une adaptation aux nouvelles technologies semble également inévitable, même si difficile à mettre en œuvre. Cette tâche doit cependant être accomplie par l’Organisation internationale de la Francophonie et promue par la France puisque cela rendrait l’apprentissage du français plus facile d’accès et aurait un caractère incitatif.

Par ailleurs, les choses ont quelque peu évolué ces dernières années concernant les établissements français d’enseignement : plusieurs établissements français ont été transformés en établissements bilingues ou trilingues, ce qui favorise le multilinguisme et participe au rayonnement de la langue française. Cela ne peut que servir la cause de la francophonie, l’objectif est de renforcer l’importance du français comme seconde langue. Titulaires de baccalauréats internationaux, les étudiants desdits établissements rencontrent toutefois de nombreuses difficultés d’intégration dans les grandes écoles ou dans le système universitaire français. Ayant bénéficié d’une formation d’excellence, ces étudiants méritent une attention toute particulière de la France. Ainsi, il convient de trouver des solutions pour rendre la France attractive pour les étudiants étrangers et de leur offrir des enseignements de qualité et des conditions de vie agréables. En cela, notre pays est très sérieusement concurrencé par certains États. Or, former des étudiants et accueillir de jeunes chercheurs ne peut que nous être profitable du point de vue de l’influence.

 

Défendre la francophonie avec les États francophones et/ou partenaires.

L’OIF compte des États membres ainsi que des États observateurs dont certains sont francophones alors que d’autres ne le sont que peu ou pas du tout. Parmi ces pays, certains ont donc un lien plus fort que d’autres avec la francophonie ; c’est le cas des États qui ont le français comme langue officielle. De même, une attention particulière doit être accordée aux pays d’Europe, partenaires de premier plan de la France. Même si l’adhésion des autres pays à l’Organisation correspond à une réelle manifestation de soutien à la langue française et/ou aux valeurs défendues par cette dernière, la France doit prioriser certains partenariats. Par exemple, cela peut s’envisager par le fait de remercier les pays piliers de la francophonie et de leur accorder des avantages significatifs en échange, conformément à la logique réaliste des relations internationales. Ainsi, pour répondre aux manifestations favorables à leur égard, les apports de la France et de l’OIF peuvent prendre la forme d’un soutien dans le domaine culturel mais aussi en matière de développement, etc. Ainsi, si la France se préoccupe plus des différents partenaires de l’OIF, elle pourra envisager la constitution d’un bloc sur certains sujets au cours de négociations internationales.  Néanmoins, les réflexions faites à ce propos semblent encore trop lacunaires, sinon inexistantes.

Par ailleurs, la France a de plus en plus de mal à être en phase avec certains pays en partie francophones qu’elle connaissait pourtant très bien auparavant. L’exemple le plus flagrant est évidemment celui de l’Algérie mais cela est aussi le cas pour le Liban et pour certains États africains. La France a connu ou connaît toujours des difficultés dans ses relations avec ces pays et la facilité a consisté à ne plus parler qu’avec les francophones. Or, si on se concentre sur l’Algérie, connaître les francophones ne revient pas à connaître toute la population et le pays dans son ensemble. Ce n’est pas uniquement au sein de la communauté francophone que se joue la dynamique de l’Algérie. Si un pays abrite une large population francophone, cela constitue un avantage considérable pour y faire rayonner la culture française. Cela ne peut plus suffire. Un véritable effort pour ouvrir le débat avec le reste de la population et avec les pouvoirs publics doit être fait si la France désire bénéficier du soutien de ces États sur la scène internationale concernant certaines positions.

 

Défendre le français comme une alternative.

Alors que certaines organisations internationales ne reconnaissent plus le français, l’un des combats majeurs de la francophonie est aussi celui du maintien de notre langue comme langue de travail à l’international. Redorer le blason du français dans un tel cadre est essentiel. Évidemment, utiliser notre langue nous permettrait de remarquer les subtilités de langage mais aussi d’éviter les problèmes que peut générer une traduction. Toutefois, cela semble utopique. La francophonie doit être défendue comme une alternative. Un gros travail de traduction des textes et débats en réunion est nécessaire, couplé à un apprentissage de l’anglais pour nos élites. La maîtrise de cette langue par notre corps diplomatique doit être encouragée, voire exigée. En la matière, les diplomates français ont accumulé un large retard, même si les choses s’améliorent : cela est dommageable et continue de nuire à notre image sur la scène internationale.

Toutes ces remarques sont également valables pour les chercheurs et intellectuels français. Afin de favoriser la diffusion de leurs travaux, ils doivent être en mesure d’exposer leurs points de vue clairement et précisément lors de conférences ou débats organisés à l’étranger. Ainsi, l’expertise française dans certains domaines serait plus reconnue et cela maximiserait notre influence, objectif recherché.

 

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La francophonie, enjeu déterminant de notre diplomatie, mérite de faire l’objet d’une attention particulière et d’être repensée. Il s’agit d’attirer la jeunesse, de favoriser l’apprentissage de la langue française mais aussi de diffuser nos valeurs et nos modes de pensée. Par ailleurs, dans cette perspective, la France a tout intérêt à soigner ses partenaires les plus proches, notamment européens et à ouvrir le débat avec des pays qui ne sont pas totalement francophones. Aujourd’hui, être francophone ne veut plus nécessairement dire être francophile et c’est l’un des défis les plus importants à relever en matière de défense de la francophonie. Cercle d’influence naturel de la France, elle ne peut plus être promue de la même manière que par le passé et il est d’une importance capitale d’adapter notre stratégie aux nouvelles réalités pour la cultiver dans le bon sens. Toutefois, notons que le budget alloué à l’action culturelle est en baisse régulière : même, il est souvent le premier touché. De telles mesures peuvent apparaître comme regrettables, la diplomatie culturelle restant l’un des domaines privilégiés de la France. L’optimisation des moyens en notre possession et la définition d’une ligne politique claire pour défendre la francophonie s’avèrent donc être fondamentales.

 

Constance Lefebvre

Master 2 – Relations Internationales.

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