Les élections écossaises, quel avenir pour Holyrood ?

L’Association des Jeunes Internationalistes publie un article rédigé par Eleanor Hepburn, étudiante du Master en Relations Internationales à l’Université Paris II Panthéon-Assas & Sorbonne Université. 

Le 6 mai, les Écossais vont voter pour la 6e élection depuis la dévolution datant de 1999. Depuis la dévolution, certains aspects de la politique écossaise (la sécurité sociale, l’éducation et le transport) sont décidés directement par les Ecossais à Holyrood et non pas à Westminster. Cette élection va permettre aux Écossais d’élire les 129 représentants du parlement écossais pour représenter les habitants de l’Écosse, ce qui se traduit en 59 représentants de l’Écosse à la Chambre des Commons à Westminster. Cette élection tombe à un moment décisif s’agissant de l’avenir de l’Écosse et de sa place dans les quatre nations constitutives. Depuis 2014, date du dernier référendum sur le sujet, l’air a changé et les circonstances ne sont pas les mêmes. La pandémie de Covid-19 a eu des conséquences graves sur la réputation du gouvernement britannique et après les altercations à Belfast et Derry en Irlande du Nord, les tensions se réchauffant à nouveau entre les loyalistes et les unionistes, le Premier ministre britannique fait face à une deuxième menace de l’autre côté du mur d’Hadrien ; le vote d’indépendance de l’Écosse. L’avenir du Royaume-Uni est en jeu à la date du 6 mai. Nous devrons donc poser la question :  quelle est l’implication de ces élections sur l’avenir de l’Écosse ? Il convient, dans un premier temps, d’analyser les conséquences de cette élection sur la question de l’indépendance qui occupe la politique écossaise de nos jours. Ensuite, il s’agit d’interroger les options pour l’Écosse si la porte de l’indépendance s’ouvre le 6 mai. 

Le  nouveau parti politique Alba d’Alex Salmond 

Le parti Alba, qui se traduit par “Écosse” en gaélique écossais, est un nouveau parti politique pro-indépendant qui se pose en alternative au parti nationaliste écossais. Malgré les accusations d’agression sexuelle à l’encontre du dernier premier ministre d’Écosse, la création de ce nouveau parti a relancé le débat sur la domination du Scottish National Party (ci après SNP) dans la politique écossaise. En se basant sur les sondages politiques, un article du Financial Times conteste la position de Salmond, selon laquelle la création d’Alba pourrait contribuer à l’obtention d’une “super-majorité” pro-indépendance lors des élections législatives écossaises du 6 mai. Pour l’instant, les sondages indiquent que le parti Alba va gagner entre 2 et 6% du vote régional. Est-ce qu’Alba pourrait remettre en cause le vote des électeurs traditionnels du SNP pour le parti de Nicola Sturgeon? Pour l’instant, le parti ne pose pas une très grande menace ; avec une cote de popularité du leader Salmond à -61%. D’après une estimation de The Guardian, “Si le SNP obtient une majorité sans Alba, il n’a pas besoin de lui. Si les votes qui vont à Alba privent le SNP d’une majorité, il a endommagé la cause qui définit sa politique. Et même si les députés de l’Alba contribuent à une majorité globale pro-indépendance, Johnson a la carte de sortie qui consiste à accuser les nationalistes de jouer injustement avec le système électoral.” Il est clair qu’Alba peut prendre quelques votes du SNP, mais pour l’instant la réputation endommagée du précédent Premier ministre a fait qu’Alba n’a pas réellement décollé. 

Le Brexit-factor – Le Royaume pas uni 

Le parti nationaliste écossais promet qu’un YES pour l’indépendance va permettre à l’Écosse de rejoindre l’Union Européenne, de son plein gré (à condition que les Etats membres l’acceptent). Les Écossais, plus europhiles que les Anglais, ont voté à 62% contre 38% pour rester dans l’UE. Selon The Economist, “Pour un nombre croissant d’Écossais, l’indépendance est devenue l’échappatoire au Brexit. Leur mouvement – rempli de jeunes idéalistes éduqués, verts, pro-migration et de plus en plus remués par les politiques de genre et de racisme – ressemble à l’opposé de l’alliance des traditionalistes anglais qui ont soutenu le Brexit”. Les tensions sont ainsi à la hausse dans l’union entre les quatre pays, la situation étant à son point le plus critique depuis très longtemps. 

L’Écosse de l’avenir – une approche nordique des relations internationales ? 

L’Écosse a plusieurs options dans sa politique étrangère de l’avenir. Compte tenu de la petite taille et de la situation géographique de l’Écosse, il est possible qu’elle joue un rôle « nordique » dans les relations internationales et la définition de l’agenda international. Le “modèle nordique” des relations internationales, terme utilisé par Hans Mouritzen dans un article de 1995, se caractérise “par un engagement général en faveur des institutions et du droit internationaux, de la définition de l’agenda et de la construction de ponts entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest”. En outre, le modèle nordique est très fortement lié au commerce et aux échanges internationaux. Malgré le fait que l’Écosse a des exportations moins importantes que celles de  l’Angleterre – elles ne représentent que 5 % des recettes des exportations totales du Royaume-Uni – son PIB par habitant est beaucoup plus élevé que celui en Angleterre, à l’exception de celui de Londres et de l’Est. Cela pourrait donner à l’Écosse la possibilité de suivre l’approche nordique des relations internationales ; celle des petits pays avec des PIB par habitant élevés. Pour Neal Ascherson, les Écossais ont des tendances politiques différentes de celles de leurs homologues Anglais, avec des valeurs nationales à part, qui pourraient se refléter dans une politique étrangère propre. Selon son étude, les Écossais ont tendance à être plus progressistes, égalitaristes et pro-démocratie que le reste de la Grande-Bretagne. Pour Acheson, ces valeurs nationales, propres à l’Écosse par rapport au Royaume-Uni, pourraient influencer sa politique étrangère à l’avenir, si elle venait à opérer en tant que nation indépendante. En outre, Ascherson souligne la tendance pour les habitants des pays nordiques de soutenir l’emploi du soft power au lieu du hard power dans les affaires internationales. 

Par ailleurs, le soft power écossais est important et a beaucoup de potentiel pour l’avenir. Selon une étude menée par le British Council intitulé: Gauging International Perceptions: Scotland and Soft Power, “L’Écosse se classe deuxième dans l’examen de dix régions du monde et de leur influence en matière de soft power. Les plus grandes ressources de soft power de l’Écosse sont l’éducation, l’entreprise et le numérique, où elle se classe première. L’éducation est le « joyau » de l’éventail des atouts de l’Écosse en matière de soft power et peut constituer la pierre angulaire des campagnes internationales.” Ces conclusions du British Council dans la maîtrise du soft power écossais sont intéressantes, et peuvent faire penser aux grandes universités écossaises comme St. Andrews, Edimbourg et Glasgow, des endroits qui accueillent beaucoup d’étudiants étrangers chaque année. 

Selon Mark Muller Stuart, un avocat et conseiller de la reine, “l’Écosse a une forte identité distincte, qui exerce une puissante emprise sur l’imagination collective du monde. Elle est perçue comme une petite nation fière et indépendante qui a su préserver sa culture et son identité, malgré la présence d’un voisin beaucoup plus puissant. Cela lui confère une véritable force d’attraction auprès des petites nations et des autres pays qui luttent pour une plus grande autonomie. Malgré le rôle de l’Écosse dans l’Empire britannique, la vérité est qu’elle est perçue très différemment de son grand voisin.”

Pour les relations franco-écossaises, l’avenir paraît optimiste. Depuis The Auld Alliance, la France et l’Écosse ont entretenu des rapports étroits. L’alliance est l’une des plus anciennes d’Europe, avec des racines remontant aux années 1200. L’Auld alliance (la vieille alliance en Scots), caractérise ainsi une relation historique entre l’Hexagone et l’Écosse. Il est probable que l’Écosse va tenter de se rapprocher de la France si elle déclare son indépendance, en renforçant ces liens historiques, en s’appuyant sur son soft power du secteur de l’éducation, sa culture et son tourisme, ainsi que ses exports, notamment du whiskey – la France étant parmi les 10 plus grands marchés d’importation du whiskey écossais du monde avec une valeur s’élevant à £375.3m. Les relations économiques restent donc fortes, et il est probable que l’Écosse va renforcer ces liens dans les années à venir. 

Les élections le 6 mai, quel avenir attend l’Écosse ? 

En mars 2021, le gouvernement écossais a présenté un projet de loi sur le référendum sur l’indépendance, qui, s’il est adopté, rendrait obligatoire la tenue d’un second vote sur l’indépendance. Par ailleurs, Boris Johnson a accepté la proposition de Nicola Sturgeon pour le #indyref2. Avec la tenue prochaine des élections, l’avenir reste très incertain, les sondages étant serrés. Ces élections vont décider de l’avenir de l’Écosse et seront suivies de près par les autres pays de l’Union Européenne ; un vote d’indépendance écossais pourrait ouvrir les vannes aux questions indépendantistes d’autres régions en Europe comme la Catalogne. Cette décision ne sera pas facile à prendre, pour l’Écosse, mais avec les scandales qui se succèdent au sein du cabinet de Boris Johnson à Westminster, le gouvernement écossais semble prêt à se forger son propre avenir. Il appartiendra aux électeurs le 6 mai de leur accorder ou non ce souhait.

Bibliographie

Beyond Borders Scotland, ‘Culture and Scotland’s Soft Power to Help to resolve conflict in the 21st century’, trouvé sur: https://www.beyondbordersscotland.com/using-culture-and-scotlandaes-soft-power-to-help-to-resolve-conflict-in-the-21st-century/

 Britannica, Scotland – Economy, trouvé sur https://www.britannica.com/place/Scotland/Economy

British Council, ‘Guaging international perceptions’, trouvé sur: https://scotland.britishcouncil.org/programmes/society/gauging-international-perceptions

The Economist, ‘Brexit has reinvigorated Scottish Nationalism’, trouvé sur:  https://www.economist.com/briefing/2021/04/15/brexit-has-reinvigorated-scottish-nationalism

Financial Times, ‘Scottish Election Calculator’, trouvé sur: https://ig.ft.com/scottish-election-2021-calculator/

The Guardian,’For Alex Salmond and his new Alba Party, the prospects are not looking good’, trouvé sur: https://www.theguardian.com/commentisfree/2021/apr/03/alex-salmond-alba-party-prospects-holyrood

Nordics info, ‘Internationalism and the Nordic countries’, trouvé sur https://nordics.info/show/artikel/internationalism/ 

Scotch Whiskey Association – International Trade, trouvé sur  https://www.scotch-whisky.org.uk/insights/international-trade/

Sky News, ‘Scottish Election 2021: Hoe independence and Brexit are shaping the vote’, trouvé sur: https://news.sky.com/story/scottish-election-2021-how-independence-and-brexit-are-shaping-the-vote-12276239

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